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Les Bretons d'Asie


SOMMAIRE : "Bretons d'Asie" | "Bretons du Monde"

En Chine, Pierre-Yves Connan à Shanghaï

Pierre-Yves Connan illustre bien la nouvelle diaspora bretonne, faite de diplômés qui cherchent un emploi hors des frontières de l'Hexagone, non plus par nécessité, mais par goût des contacts internationaux et des carrières multinationales éventuelles. Celles-ci se dérouleront au besoin d'un pays à l'autre ... à moins qu'un mariage sur place n'incite à l'enracinement ! Cette nouvelle diaspora est donc souvent assez volatile et plus difficile à suivre. La durée d'expatriation globale peut se révéler assez brève dans la mesure où les expatriés peuvent se réinsérer aisément en France sinon en Bretagne, s'ils ne les ont pas perdues de vue et ne s'y sentent donc pas dépaysés. C'est pourquoi les facilités de transport et de communication actuelles sont capitales pour conserver le contact avec ses origines et en cultiver la spécificité. Quel sera le destin de Pierre-Yves ? S'il le veut bien, nous ne le perdrons pas de vue !

Horizons Bretons (HB) :
Pierre-Yves Connan, votre patronyme est très celtique !

Pierre-Yves Connan (PYC) :
On peut le dire, avec un seul n comme avec deux, sous la forme Conan ou Conen ! Cet ancien prénom d'origine cornouaillaise est un dérivé du vieux celtique "kon", soit chien (ki en breton moderne) ou guerrier. Ce fut d'ailleurs le nom du roi légendaire de Bretagne Conan Mériadec et de quatre Ducs encore bretonnants, de Conan le Tort (970-992) à Conan IV (1156-1166).

HB :
Compte tenu de l'expansion du patronyme, êtes-vous de Haute ou de Basse-Bretagne ?

PYC :
Si ma famille paternelle est originaire des Côtes d'Armor (Trelevern et Kermaria-Sulard), je suis moi-même de la Haute, si vous me permettez ce jeu de mots ! Car je suis né en 1976 à Rennes où j'ai fait toutes mes études, conclues en 1998 par une Maîtrise en Sciences de Gestion à l'Institut de Gestion de Rennes.

HB :
Vous n'avez pas perdu de temps ! Question de tempérament expéditif, sans doute, à l'origine aussi de votre départ en Chine ?

PYC :
Je n'ai certes pas hésité longtemps à saisir l'occasion de partir en Chine en Janvier 1998 pour étudier à l'Université de Macao en programme d'échange. J'ai ensuite travaillé pour les entreprises Eurest et Chinaveg avant de devenir "Regional Technical Account Manager" dans le "Global Technical Engineering Center" de Microsoft à Shanghaï.

HB :
Aviez-vous déjà un intérêt particulier pour la Chine, ou noué des contacts à Rennes ?

PYC :
Oui, car ma famille a vécu en Chine au XIXe siècle, mais je suis allé là-bas d'abord par curiosité ! J'ai pris si bien goût à la vie chinoise que je me suis marié avec une Chinoise avec laquelle j'ai fondé un foyer déjà pourvu d'un premier enfant.

HB :
Est-ce facile de vivre en Chine, cet Etat politiquement communiste et économiquement capitaliste ?

PYC :
Pour ce que je connais de cet immense pays, je pense que pour un Européen, il est agréable surtout à Shanghaï, qui me paraît la ville la plus facile à vivre pour un étranger en Chine !

HB :
La porte d'entrée du marché chinois est donc bien Shanghaï ?

PYC :
Certainement, car ses habitants sont pragmatiques et ingénieux. C'est ce qui oriente les conseils que je peux donner aux entreprises bretonnes désirant s'installer en Chine : il faut approcher la Chine de façon pragmatique et savoir appréhender le marché avec un oeil curieux. Le marché chinois est très segmenté et n'a rien de commun avec ce que nous connaissons en Europe. Flexibilité et ouverture d'esprit sont de rigueur !

HB :
Cinq ans en Chine, cela doit déjà vous marquer ! Vous sentez-vous mentalement loin du vieux continent à présent ?

PYC :
En fait, le travail chez Microsoft maintient un contexte relationnel occidental, et ne me coupe donc pas de l'Occident même dans un environnement chinois ! Mais bien sûr, la mondialisation professionnelle ne facilite pas pour autant le suivi concret de la vie de mon pays d'origine ! J'ai effectivement besoin d'actualités régulières pour garder un contact, une sensation d'appartenance. C'est pourquoi je consulte des sites comme ceux du Monde, de Ouest-France ou d'An Tour Tan... Ce qu'il me faudrait aussi, dans l'hypothèse d'un retour, c'est de pouvoir entrer en contact avec des entreprises bretonnes à partir de l'étranger.

HB :
Dans cette optique, ne serait-il pas judicieux d'utiliser le potentiel des Bretons de l'extérieur pour aider au développement international de la Bretagne ?

PYC :
Bien entendu ! Mais il est très sous-utilisé et pour ce que j'en sais, seuls deux organismes s'efforcent de relever ce grand défi : au niveau régional, la Mirceb avec ses hauts et ses bas, et au niveau associatif diasporique, l'OBE, cette Organisation des Bretons de l'Extérieur qui dispose de contacts bénévoles à défaut d'un budget.

HB :
Et inversement, pour l'action en Bretagne, votre vie diasporique a t-elle changé votre regard ?

PYC :
Oui, si l'on dit qu'elle me donne une perspective ! Je constate que l'identité bretonne a su traverser les siècles malgré de multiples péripéties et que c'est l'héritage qui me comble le plus. Mon sentiment d'appartenance est d'autant plus fort que contrairement à toute nationalité officielle, il est purement facultatif et sans aucune contrainte. Mais n'est-ce pas ce qu'avait écrit Morvan Lebesque dans son fameux livre "Comment peut-on être breton ?" Les quelques Bretons résidents et ceux de passage peuvent compter sur mon bon accueil !

HB :
Vous sentez-vous donc concerné par les grands thèmes d'action bretonne : langue, unité administrative, patrimoine, économie ?

PYC :
Mon intérêt est très grand mais teinté d'une certaine lassitude. Malgré tous les efforts fournis, peu d'avancées structurelles majeures sont constatées depuis 20 ans. Il suffit de relever que la Loire-Atlantique est encore séparée de la Bretagne malgré les sondages favorables aux deux tiers pour la réintégration, que l'intégration de la langue bretonne dans l'Education nationale reste refusée par l'Etat et que la Charte européenne pour les minorités n'est toujours pas ratifiée par la France. L'épanouissement de la Bretagne repose donc sur les bonnes volontés associatives et les motivations individuelles. Mais nous manquent cruellement une approche systématique et des structures fédératrices dotées de moyens substantiels...

HB :
Par votre jeunesse motivée, vous montrez cependant, Pierre-Yves, que la relève est assurée. Merci d'avance pour la Bretagne !

PYC :
Ra vevo Breizh da viken ! Que vive à jamais la Bretagne !

Propos recueillis par
Eric Pianezza Le Page

Contact :
Pierre-Yves Connan
 
E-mail : pyconnan@yahoo.com

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