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Horizons Bretons (HB) : Jack
Spencer, vous êtes un responsable de l'Association des Bretons du Brésil. Après
quel parcours ?
Jack Spencer : (JS) : Né à Gourin en 1944 d'une famille maternelle originaire de Keryado, après
diverses pérégrinations (Angleterre, Paris, Blois...), je me suis fixé à
Strasbourg en 1962. Après des études de mécanique à la SNECMA, service
militaire en Allemagne. Marié en 1966, je me suis expatrié avec mon épouse
Karin au Nigéria de 70 à 72, en Algérie de 73 à 75 et enfin au Brésil
depuis 76. Nous résidons à Jandira, petite ville de la proche banlieue de Sao
Paulo. Je suis actuellement Ingénieur-conseil
en entreprises et Conseiller pour l'emploi du Consulat général de France à
Sao Paulo. Mon épouse, d'origine allemande, est assistante de direction chez
Hoechst do Brasil. Mon fils Patrick fait son doctorat de biologie à l'Institut
de recherches énergétiques et nucléaires (PEN) de Sao Paulo.
HB : Quelles ont été
vos motivations pour cette vie à travers le monde ?
JS : Si je suis très attaché à la Bretagne, je n'y ai jamais réellement vécu en
dehors des vacances. De plus, ma famille ayant toujours beaucoup voyagé, je
suppose qu'elle m'a transmis le virus de l'expatriation ! Mais notre décision
d'émigrer a sans doute été aussi motivée par les difficultés du contexte
français des années 69/70. Et puis on y prend goût... Venus au Brésil pour
un contrat de 4 ans, nous avons été séduits par ce pays et y sommes donc restés.
HB : Parlez-nous de
l'Association des Bretons du Brésil.
JS : L'Association bretonne de bienfaisance Breizh
vras, fondée le 1er Juillet 1978, comprend environ 80 familles. Elle a pour
objectifs principaux de regrouper et d'assister les Bretons résidents du Brésil,
d'aider les nouveaux venus à s'intégrer et de promouvoir la culture bretonne
par des manifestations culturelles.
L'Association
participe aussi à l'entretien de deux entités dirigées par des Bretons : l'école
professionnelle Irma Luiza à Diamantina (Etat de Minas Gerais), dirigée par
Lauent Le Floch, et une crèche pour les enfants de coupeurs de canne à sucre
à Vitoria de Santo Antao (Pernambuco).
Nous
gardons le contact avec la Bretagne, via le Conseil régional de Bretagne, la
Mission du Commerce extérieur breton (MIRCEB )et le Festival interceltique de
Lorient, en vue d'organiser un festival cet automne. Quant aux associations
bretonnes, notre premier contact avec elles remonte à 1965 quand nous faisions
partie des Bretons d'Alsace "Ar vro
gozh" à Strasbourg. En fondant "Breizh vras" en 1978, notre
objectif était de réunir nos compatriotes sur des pôles d'intérêt commun,
et notamment culturels. Notre association était et reste la seule organisation
d'origine régionale ou française sans objectifs politiques ou professionnels.
Compte tenu de l'instinct communautaire qui rassemble les Bretons sur leur
culture, cela a contribué à notre succès.
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HB : Quel
rôle peuvent jouer les Bretons de l'extérieur dans le développement de la
Bretagne ?
JS : Leur rôle peut être important en fonction de leur profil. Si je m'en tiens aux
Bretons du Brésil, je relève qu'ils y résident de longue date, qu'ils sont présents
dans tous les secteurs d'activités, et souvent à haut niveau, qu'ils
connaissent bien les règles du jeu du pays, et qu'ils sont fortement liés
entre eux ainsi qu'à la Bretagne. Nous
pouvons jouer des rôles de liaison, d'information et d'aide vis-à-vis de tous
ceux qui souhaitent faire quelque chose au Brésil, et il y a énormément à
faire dans des secteurs que nous connaissons bien : tourisme, pêche,
agriculture, industrie automobile, industrie alimentaire...
HB : Quels conseils
donneriez-vous aux entreprises bretonnes ?
JS : Qu'elles
se dépêchent ! Le Brésil, et le marché Mercosul, représentent aujourd'hui
un marché de plus de 100 millions de consommateurs en franche croissance. Les
premiers arrivés seront les premiers servis !
HB : Votre opinion sur la vie au Brésil ?
JS : Elle
comporte des points positifs : pays très accueillant, climat agréable, cadres
très qualifiés, bon niveau de main d'oeuvre à coût relativement bas dans les
grands centres, économie stable, ouverture aux capitaux étrangers et
nombreuses opportunités. Des points négatifs cependant : insécurité
relative, coût de la vie, salaires des cadres élevés, fiscalité élevée et
chaotique.
HB : Quelles possibilités
d'implantation pouvez-vous entrevoir pour les industriels français et bretons ?
JS : Malgré les efforts réalisés par les autorités brésiliennes depuis
plusieurs années, et plus récemment par le gouvernement français, il semble
que les milieux industriels français soient affligés de timidité. En effet,
en dehors de Renault, qui investit actuellement environ 1 milliard de US $ dans
la construction d'une usine à Curitiba, ce qui est à rapprocher du total prévu
pour l'industrie automobile : 20 milliards pour les 5 prochaines années, et de
Castorama et Leroy-Merlin en cours d'implantation, la participation française
n'a cessé de baisser ces dernières années. Il
serait donc opportun, pour les industriels bretons, de démontrer leur esprit
d'entreprise en partant à l'assaut
d'un marché presque vierge où leur compétence et leur persévérance seront,
j'en suis convaincu, d'importants facteurs de succès. Pour notre part, nous
sommes à la disposition de tous ceux qui souhaitent s'implanter au Brésil.
Propos recueillis par J.-Y. Le Touze.
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