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La Bretagne
rayonne bien au-delà des frontières françaises. C'est au point qu'il existe
des bretonnants sans aucune origine bretonne non seulement au Royaume-Uni et en
Irlande, dont les communautés celtiques s'intéressent logiquement à notre
langue, mais aussi en Europe continentale, en Amérique du Nord, en Australie et
au Japon ! Voici un aperçu de la vocation bretonne de Jòzsef Kléber en
Hongrie !!
Horizons Bretons (HB) : Comment peut-on être hongrois, Jòzsef ?
Jòzsef Kléber (JK) : Depuis mille ans, depuis le couronnement du roi Saint Etienne ! Et depuis lors,
les Hongrois participent largement à l'histoire de l'Europe et contribuent à
sa culture, qu'il s'agisse de poètes comme Sandor Petöfi ou de musiciens comme
Franz Liszt, Béla Bartòk et Zòltan Kodaly !
HB : Est-ce cette européanité fondamentale qui vous a conduit jusqu'à l'extrême
ouest celtique ?
JK : Certes oui, mais je suis né à Budapest en 1966 avec une hérédité propre à
m'orienter vers l'ouest ! Les ancêtres de mon père étaient des agriculteurs
alsaciens venus en Hongrie au XIXe siècle. Ma famille maternelle est
d'une noblesse hongroise dont la trame généalogique possède de nombreux fils
"occidentaux" et même bretons ! Une fois passé mon bac hongrois, je
suis entré à l'Université Technique de Budapest où j'ai obtenu en 5 ans mon
diplôme d'ingénieur de génie civil avant de mettre le cap en 1990 sur la
Bretagne pour approfondir ma spécialité à l'INSA de Rennes.
HB : L'acclimatation fut-elle facile ?
JK : Très
facile, car mes nouveaux amis bretons m'ont fait connaître la Bretagne et
suscité en moi la naissance d'un grand amour pour leur pays ! C'est pourquoi,
après mes études à l'INSA de Rennes, j'ai poursuivi ma quête bretonne à
Paris où j'ai terminé mes études (DESS de Génie Civil, mastère de
l'ESTP/Ecole Supérieure des Travaux Publics et CHEC/Centre des Hautes Etudes de
la Construction/Section Béton armé) tout en faisant de la Bretagne mon paradis
culturel, de livre en livre découvert à la Coop Breizh de la rue du Maine !
Revenu en 1992 dans mon pays natal devenu beaucoup plus ouvert, j'ai contribué
à établir des échanges entre l'Université Technique de Budapest et l'INSA de
Rennes. Des étudiants bretons viennent ainsi chaque année en Hongrie
poursuivre leurs études durant un trimestre, ou effectuer un stage d'été. Grâce
à mes contacts entretenus avec Rennes en tant que maître de stages, je reste
imprégné des embruns bretons dans mon bureau d'études de Budapest !
HB : Quelles
sont les dominantes de votre intérêt pour la Bretagne ?
JK : Je suis très attaché à la Bretagne en premier lieu pour la convivialité de
ses habitants et le charme de son environnement. Mais elle m'attire aussi en
raison de mon grand intérêt pour les minorités ethniques, auxquelles les gens
d'Europe Centrale sont très sensibilisés. J'en suis donc venu à collectionner
tous les articles parus sur les Bretons. Dans mon appartement de Buda, le
drapeau hongrois et le gwenn-ha-du se côtoient dans mon salon, tandis que les
cartes des deux pays couvrent les murs. Et je prépare pour "Kisebbségkutatas",
revue spécialisée dans les questions minoritaires, une étude sur la situation
des Bretons et de leur langue.
HB : Vous avez donc appris le breton ?
JK : Oui, je m'intéresse globalement à la Bretagne,
à son mode de vie comme à sa culture, ce qui englobe la langue. Je suis
l'actualité bretonne, par la presse et les articles du Télégramme sur
Internet. J'ai appris le breton par correspondance avec Skol Ober, puis dans les
stages de Skaër du KEAV (Kamp Etrekeltiek ar Vrezhonegerien). Je lis la revue Bremañ
mais ne peux converser en Hongrie faute de bretonnants sur place. Mais je
souhaite correspondre en breton !
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HB : Quelle est votre perception de l'identité bretonne ?
JK : Je relève de grandes similitudes entre Bretons et Hongrois ! Ils ont le même
sentiment intense de leur identité comme le révèlent mes sondages du public
d'étudiants et stagiaires bretons que je pilote : 70 % d'entre eux se déclarent
bretons. Il existe de surprenantes ressemblances entre les musiques
traditionnelles ainsi que dans certaines traditions. Malheureusement, l'analogie
se poursuit aussi dans les taux élevés d'alcoolisme et de suicide. Est-ce dû
à une même frustration identitaire ? Si vous l'avez bien identifiée en
Bretagne, sachez qu'en Hongrie la réduction d'un territoire multiséculaire au
pré carré, privé d'accès à la mer, qu'a tracé en 1920 le traité du
Trianon en laissant des minorités hongroises notables en Transylvanie, en
Slovaquie et en Voïvodine, a créé un traumatisme long à surmonter ! Un jeune
Breton m'a ainsi confié sa découverte du parallélisme entre les entraves de
la langue bretonne et celles du hongrois de nos minorités. Pour approfondir
l'identité hongroise, lisez les "Cahiers d'études hongroises" du
Centre interuniversitaire d'études hongroises, 1 rue Censier, à Paris 5e.
HB : Retournez-vous souvent en Bretagne et qu'y recherchez-vous ?
JK : J'y
retourne chaque année ou presque et j'y retrouve des amis toujours aussi
accueillants ! Je m'y balade un peu partout à partir de Carhaix pour rechercher
les indices d'émergence culturelle et, à ce titre, j'apprécie la capitale du
Kreiz-Breizh, qui héberge l'Ofis ar brezhoneg ! Je garde de très bonnes
relations avec les animateurs du KEAV. J'ai un bon contact avec Mme Katalin
Boronkai, une Hongroise qui enseigne le français au lycée de Kemper et parle
breton. La Bretagne est ma grande famille spirituelle !
HB : Avez-vous des liens avec les Bretons de France et du monde ?
JK : Grâce
à l'OBE (Organisation des Bretons de l'Extérieur) que je connais depuis
plusieurs années, j'ai fait la connaissance "virtuelle" de maints
Bretons expatriés, que je ne demande qu'à rencontrer. Les Bretons qui sont
venus en Hongrie ont toujours été invités au moins à un pot de l'amitié !
Je souhaite contribuer à développer les liens entre les composantes de la
diaspora bretonne et jouerais un rôle de relais avec plaisir au sein de l'OBE,
car ses initiatives m'ont toujours été sympathiques. Hélas, je ne connais pas
de Bretons en Hongrie bien que je les aie "chassés" depuis quelques
années, sans grand succès.
HB : Quelle pourrait être la place de la Bretagne en Hongrie ?
JK : La Bretagne n'a pas encore sa place bien définie en Hongrie. Il s'est noué
pour l'instant beaucoup d'échanges et de relations personnelles. Je connais
beaucoup de Hongrois qui admirent la Bretagne. Mais cet ensemble relationnel est
trop atomisé et il faudrait le structurer pour faciliter la connaissance
mutuelle des deux peuples ! Voilà une
mission pour l'Association Bretagne-Hongrie que je rêve de créer !
Propos recueillis par Eric P. Le Page
Contact :
Jòzsef Kléber
Mányoki út 3
1118 BUDAPEST (Hongrie)
Tél : 00 (36) 1 862 873
Fax : 00 (36) 2 761 837
kleber@elender.hu
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